Puno et le Lac Titicaca: 30 août-7 septembre 18 — Arrivée à La Paz le 7 septembre.

Depuis Puno nous préparons la suite du voyage: départ le 1er septembre pour les îles Uros (îles flottantes en roseaux). Quelques kilomètres de vélo pour rejoindre un embarcadère un peu excentré où nous retrouvons Viktor et son bateau.

Vélos et sacoches en route pour les îles Uros.
Et nous 6…

Nous passons 24h sur l’île khantati de Viktor et Christina. C’est une étape reposante: promenade en barque pendant laquelle Viktor nous explique l’histoire des îles flottantes et les traditions des habitants, farniente dans les transats et les chaises longues, jeux. Nous sommes logés dans un bungalow confortable et nous nous régalons des petits plats de Christina. Nos hôtes sont adorables et Viktor parle même un peu français.

Viktor nous emmène sur son bateau couper des roseaux, ramasser des poissons dans ses filets, observer les dizaines de variétés d’oiseaux – nous serons ahuris devant des canards au bec bleu turquoise – et il nous parle de « la communauté » : les îles flottantes ont permis à leurs habitants d’échapper aux invasions incas: contrairement aux autres îles à proximité et aux villages du bord du lac, les habitants des îles Uros parlent le uruquilla et non le aymara qui était parlé par les incas. Ils ont des coutumes qui leur sont propres. Aujourd’hui, on y vit exclusivement du tourisme et les conditions de vie restent difficiles.

Les îles sont composées des racines des roseaux, qui sont récoltées à la saison des pluies, et recouvertes de roseaux verts (qui sèchent et jaunissent ensuite). Une île a une durée de vie d’environ 50 ans. Toutes les constructions et bateaux sont fabriqués à partir de roseaux qu’on laisse sécher en fagots bien serrés pendant 1 à 2 mois.

Regardez bien, le bec du canard est bleu fluo!!
Viktor nous montre comment il coupe les roseaux.
En tenue traditionnelle… Félix n’a pas voulu se costumer, c’est lui le photographe!
Jeu de petits chevaux peint à la main; les personnages sont des condors, des lamas, des dames et des moutons.

La proue des barques est décorée d’une tête de puma car « titi » signifie « puma » (c’est la forme qu’est supposée avoir le lac quand on le regarde sur une carte orientée à l’envers, vers le sud, on le voit même en train de courir après un lapin). Et  « caca » signifie « pierre » donc « puma de pierre » (mais ça, nous n’avons pas bien compris pourquoi…).

Joseph n’a pas peur du puma.

Le lendemain, Viktor nous dépose sur la presqu’île de Capachica : c’est parti pour une bonne semaine de vélo autour du Lac!

Le jetée sur laquelle nous débarquons n’est pas très praticable… Pas facile de transporter toutes les sacoches.

C’est beaucoup plus facile que notre première étape: les températures sont un peu plus clémentes, nous sommes un peu moins haut (entre 3800 et 4100m d’altitude), nous traversons souvent des villages et ne sommes pas obligés de porter des litres d’eau et des kilos de nourriture, enfin nous prenons quelques repas du restaurant et passons quelques nuit dans des auberges: autant de temps de gagné pour pédaler ! Nous parcourons ainsi des étapes d’une trentaine de km par jour.

  1. Puno – Uros (ile Kantaki)
  2. Llachon (depuis les Uros en bateau) – Kapara (rencontre des enfants)
  3. Kapara – Huancane (hotel de la plaza, correct) via Pusi et Taraco, c’est tout plat mais se termine avec un bon vent de face sur une route fréquentée
  4. Huancane – Moho (après une bonne longue côte de 20 km!!!)
  5. Moho – Moho (beurk l’hotel infect mais nous y restons tellement nous sommes fatigués)
  6. Moho – le bord du lac 7 km entre Putina et Tilali – idyllique
  7. bord du lac – Frontière Bolivienne avant Puerto Acosta, puis bus jusqu’à EL Alto

 

Chaque virage nous offre un point de vue superbe sur le lac…

Drôle de montagne en escalier.

 

Bilan de ces quelques jours

Ce qui était formidable:

  • nous avons pris plaisir à faire du vélo dans des paysages magnifiques, nous avons pu prendre notre temps pour faire de vrais repas et de vraies pauses, tremper les pieds dans l’eau du lac (que les enfants ont estimée à 15 degrés environ);
  • nous tirons une certaine fierté des défis relevés et du chemin parcouru (même s’il n’est beaucoup moins ambitieux que ce que nous avions prévu…). Nous sentons que nous nous aguerrissons et les côtes nous sont moins pénibles. Joseph en particulier est bien motivé. Il attend Antoinette (qui peine un peu plus dans les montées) pour l’encourager. Il a un compteur de vitesse (merci Roberto!) qui l’aide bien!
  • nous avons fait de belles rencontres: beaucoup de personnes que nous rencontrons viennent nous voir pour savoir d’où nous venons et où nous allons, les gens nous paraissent très attentionnés et ouverts. Quelques moments que nous garderons en mémoire:
  • un soir, alors que la nuit tombe, nous cherchons une auberge. Nous demandons aux gens que nous rencontrons qui nous indiquent qu’il faut remonter la côte que nous venons de descendre!! Comme il faut presque nuit, pas le choix, nous faisons demi tour, mais ne voyons pas du tout où pouvait être cette auberge sur le chemin que nous venons de parcourir. Nous finissons par nous faire accompagner par 3 enfants, puis par 8, puis une bonne dizaine, qui nous aident en poussant les vélos. Nous n’aurions jamais réussi sans eux ni à trouver l’hôtel, ni à l’atteindre: il est situé bien en amont de la route et pour y accéder il faut escalader un chemin très escarpé. C’est entourés d’une flopée d’enfants et dans la nuit noire que nous arrivons. Une dizaine de femmes s’activent autour d’une marmite. On nous met dans une grande salle avec les 5 enfants des 3 familles qui occupent la maison. Les autres enfants (ceux qui nous ont accompagnés, ils sont une bonne dizaine) nous regardent avec envie toute la soirée mais ne rentrent pas. On leur propose de nous rejoindre mais visiblement les enfants de la maison n’y tiennent pas. Nous commençons une partie de Uno avec Ruth, Reinaldo, Olaf, Éric et Leonel pendant qu’on prépare nos chambres: apparemment les clients sont rares! Nous partageons le dîner familial (un simple bouillon) avant d’aller nous coucher.
Les enfants qui nous ont accompagnés attendent dehors jusqu’à ce que nous allions nous coucher. Les filles nous offrent des roses ramassées dans le jardin!

 

Partie de Uno avec les enfants de la maison.
Depuis la terrasse de l’hôtel.

Le lendemain nous oublierons la doudoune de Félix: notre consolation est qu’elle servira bien à l’un des enfants!

  • Une autre fois, en arrivant après une bonne journée de vélo, sur la Plaza de armas de Moho, un petit village, nous tombons sur une bande de collégiennes de 12/13 ans (en uniforme: tous les écoliers et collégiens portent un uniforme avec bob assorti) qui s’empressent de venir vers nous pour nous poser des questions sur la France. Nous discutons un petit moment. Le soir, nous retrouvons l’une d’elle, qui sert dans la rôtisserie familiale.
Déjeuner sur la place de Moho: pas de soupe, poulet et frites (ça change du riz…)!
Nous rencontrons souvent des lamas…

 

 

Ce qui est plus difficile (nous ne voulons pas enjoliver la réalité):

  • pas de douche chaude pendant 8 jours (heureusement que les photos n’ont pas d’odeur…); des hôtels souvent sales et au confort très spartiate, c’est d’ailleurs plus la négligence de l’entretien que la rudesse des lieux qui nous choque !
  • Une alimentation dont nous sommes tous lassés: bouillon-riz-poulet matin, midi et soir. Et nulle part où trouver un bon petit café! Les enfants passent beaucoup de temps à énumérer tout ce qu’ils aimeraient manger et tout ce qu’ils cuisineront en rentrant en France… Nous aurons donc des pancakes tous les week-ends et des cookies ou des gâteaux au chocolat pour le goûter!
  • Des journées parfois ingrates, dans des paysages monotones sur des routes passantes (les 30 km avant Huancane), avec le vent de face et des chiens qui se jettent sur nous sans prévenir: Alexandre s’est fait croquer le mollet au 1er sang…
  • Et même si nous sommes au bord du lac, des côtes! Les enfants ne comprennent pas pourquoi on construit des routes qui montent pour redescendre…
Un raccourci d’Alex (qui nous a évité au moins 1km de route plate et goudronnée…)
Affaissement du pont… les vélos restent d’un côté…
tandis que nous nous installons à l’ombre de l’autre côté!

 

Super expérience donc, mais exigeante et que nous n’arrivons pas à tenir sur une trop longue durée. C’est là que le vélo devient une contrainte: c’est difficile de les caser quand nous avons besoin de nous reposer, que nous voulons visiter un site difficile d’accès ou un peu éloigné. La difficulté de tenir dans le temps ne nous apparaît que maintenant…. Et nous ne savons toujours pas comment nous acheminerons les vélos de Santiago à Bangkok.

 

Nous finissons notre tour du Lac un peu plus tôt que prévu, après un bivouac absolument sublime sur une petite terrasse abritée du vent par de grands eucalyptus, avec vue sur le lac: le bonheur! Nous faisons même un feu.

Bivouac magique avec vue imprenable sur le lac. Premier feu de bois du voyage pour la plus grande joie de tous!

Photo de famille devant le lac.
Bain de pieds! C’est magnifique et nous sommes absolument seuls…

Nous avons décidé de prendre un bus juste avant la frontière mais finalement la frontière semble étanche aux traversées de bus et nous n’échappons pas à une dernière côte bien abrupte jusqu’à la frontière…

Mais là, miracle : un minibus semble nous attendre, vide, au niveau du poteau de la frontière, direction La Paz! Les vélos sont vite chargés!

Le passage de frontière se passe sans problème et assez rapidement. Côté bolivien, les employés de l’immigration sont sympathiques et apprécient particulièrement les cyclistes….ça nous change du douanier péruvien qui avait essayé de nous faire payer une prétendue taxe sur le passage des vélos. Alexandre ne s’était pas laissé faire et avait brandi des factures de portes bagages en guise de factures de bicyclettes…

En équilibre sur la frontière.
Pérou à droite, Bolivie à gauche.

Le bus nous accompagne jusqu’à El Alto, petite banlieue d’1 million d’habitants à l’entrée de la capitale. Encore 10km dans une circulation anarchique avant La Paz: nos gilets jaunes emblématiques ne suffisent pas à empêcher camions et bus de nous frôler et de couper notre file indienne pourtant bien serrée. Alors que nous nous arrêtons sur le bord de la route pour vérifier le chemin, nous faisons notre première rencontre bolivienne: Juanita sort de sa boutique, très heureuse de pouvoir nous rendre service et parler anglais, elle nous est d’une grande aide:

  • Elle nous change de l’argent sans commission (nous n’avions que des soles, pas de bolivianos),
  • nous conseille sur l’itinéraire,
  • nous imprime la carte jusqu’à La Paz,
  • elle nous donne même son code wifi pour que nous téléchargions la carte sur nos téléphones.

Encore une fois, nous sommes aidés dès que nous rencontrons une difficulté!

Les enfants étant fatigués, nous essayons malgré tout de trouver un minibus qui nous conduirait jusqu’au centre de La Paz, en vain. Nous prenons donc à vélo la route indiquée par Juanita et nous ne le regrettons pas!! Une vue impressionnante et vertigineuse sur la ville fascinante de La Paz. Une descente acrobatique par les petites rues: il faut absolument freiner mais si on freine trop brusquement on a l’impression qu’on va faire une pirouette par-dessus le guidon. Moment magique de vélo, qui nous marque tous!

La Paz, vue de El Alto.
Vue vertigineuse sur La Paz.
Arrivée à La Paz: nuit et heure de pointe.

 

Joie de retrouver une ville de grande taille, une vraie ville (ce sont les parisiens qui parlent…)! Nous nous sentons tout de suite bien, pourtant nous ne venions qu’à reculons (et à vélo c’est dangereux…).

Nous sommes maintenant installés dans un bon hôtel où nous profitons des douches chaudes (nous sommes propres de nouveau…) et du buffet petit déjeuner (pas de soupe mais du pain, du beurre, de la confiture, du café au lait et du chocolat chaud et même des croissants ;-))!

 

En conclusion, un bilan en demi-teinte (commencer notre voyage de façon abrupte par l’altiplano a entamé notre confiance…) et une réflexion en cours sur l’avenir des vélos et la suite de cette étape latino américaine. Suggestions bienvenues ;))

 

 

 

 

6 thoughts on “Puno et le Lac Titicaca: 30 août-7 septembre 18 — Arrivée à La Paz le 7 septembre.”

  1. Encore un chouette récit et de sublimes photos qui nous permettent de nous évader quelques instants.
    Nous comprenons votre constat en demi-teinte sur la présence parfois encombrante des vélos… Néanmoins s’il vous plaît, ne les renvoyez pas trop vite, ou en tout cas, pas avant de nous avoir montré votre uniforme version été !
    Gros baisers à tous !
    PS : et ouf la connection Pia/Pétro fonctionne !

  2. Que de belles aventures vous nous faites vivre là!
    J’ai l’impression de revivre mon passage en certains de ces lieux.
    Vous semblez en profiter et vous avez bien raison.
    Vous avez en effet commencé par le plus difficile. Le Chili sera plus simple à visiter car moins escarpé et… plus développé. Pas de bouillon de poulet au petit-déjeuner!
    Attention seulement au vélo dans l’Atacama, ça cogne tout de même très fort (25°C en plein hiver, en juillet dernier), la région ayant un des plus forts taux de radiations au monde.
    Si vous avez besoin de conseils pour San Pedro de Atacama ou Santiago n’hésitez pas!

    Courage, votre périple vaut le coup! Et on est heureux de le partager par ce biais!

    Malik

  3. Merci de partager vos émotions, vos rencontres, vos coups de cœur et vos doutes! Essayez de profiter au maximum et de ne pas vous mettre trop de contraintes! C est un magnifique voyage au Pérou que vous faites. Bisous à toute la famille.

  4. Allez les aventuriers, courage! Vous avez fait le plus dur. Tout va vous paraitre facile maintenant. Nous gardons un bon souvenir des Iles Uros et d’un epique passage de frontiere entre la Bolivie et le Perou. Profitez bien de chaque journée et n’oubliez pas… l’aventure c’est extra! Adélie et Marin ont fait des crêpes au chocolat ce week-end, degustées en l’honneur de Pétronille et Joseph! On vous embrasse, et roulez jeunesse! Pauline, Nicolas, Adélie, Marin et Marguerite.

  5. Allez les aventuriers, courage! Vous avez fait le plus dur. Tout va vous paraitre facile après ces premières semaines.
    Nous gardons un bon souvenir des Ils Uros et d’un epique passage de frontière entre la Bolivie et le Pérou.
    Adélie et Marin ont fait des crêpes au chocolat ce week-end en l’honneur de Pétronille et Joseph.
    On vous embrasse et roulez jeunesse….
    Pauline, Nicolas, Adélie, Marin, et Marguerite

    PS: surtout n’oubliez pas, l’aventure c’est extra!

  6. Bonjour à toute la famille,
    je suis Lucile, la maman d’Ulysse et Roch, des scouts.

    Il se trouve que j’ai emprunté à la bibliothèque la semaine dernière un livre intitulé « manuel du voyage à vélo ».
    En lisant ce bouquin, j’ai pensé à vous et j’ai retrouvé le lien vers votre blog.

    j’ai tout lu WAOUHH !!
    Quelle aventure à la fois incroyable et difficile. Et vous avez commencé épicé !! altitude, désert, caillasses…

    Je vous souhaite de tout mon coeur du courage, de la ténacité. Et de la joie à attraper dans tous les moments possibles. Ma contribution : chacun peut repérer ses 3 kifs du jour avant de s’endormir, vous pouvez aussi les partager entre vous. Ça n’a l’air de rien, mais c’est une bonne gymnastique de l’esprit pour cultiver le positivisme au quotidien

    Belle route à tous

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